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La révolution d’Octobre victorieuse et la stratégie de la révolution prolétarienne internationale

par Stefan Engel MLPD, 12 octobre 2017

 

Au début du 20e siècle, le capitalisme entra dans un stade nouveau et plus élevé : l’impérialisme. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale était lié à la complexité croissante de toutes les contradictions fondamentales de la société capitaliste et de leur aggravation à l’extrême. Cela requérait le développement des bases théoriques du mouvement ouvrier révolutionnaire.

Tandis que les opportunistes rêvaient de la réconciliation des contradictions, la dialectique matérialiste, « la base théorique fondamentale » du marxisme (Lénine, « De certaines particularités du développement historique du marxisme », Œuvres, t. 17, Paris/Moscou 1968, p. 33), devait être défendue dans la lutte contre l’éclectisme et la sophistique, et appliquée aux changements essentiels du développement capitaliste. Lors de l’analyse dialectique de l’impérialisme, Lénine découvrit la loi de l’irrégularité du développement économique et politique comme « une loi absolue du capitalisme. » (Lénine, « À propos du mot d’ordre des États-Unis d’Europe », Œuvres, t. 21, Paris 1976, p. 354). Il en tirait la conclusion :

« ... que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à part. » (ibid. p. 354/355)

Pour l’essentiel, la révolution d’Octobre victorieuse en Russie se basait sur l’application de cette connaissance, qui signifiait un développement ultérieur de la stratégie de Marx et Engels sur la révolution internationale.

La première révolution socialiste victorieuse

Comment est-il possible que l’époque des révolutions prolétariennes ait pu commencer précisément dans la Russie arriérée, un pays où près de 80 pour cent de la population étaient des paysans ? Staline remarqua à propos des conditions de « la facilité relative » du renversement de la bourgeoisie :

« La Révolution d’Octobre a commencé dans la période de lutte acharnée des deux principaux groupes impérialistes, anglo-français et austro-allemand, alors que ces groupes, occupés à se livrer l’un à l’autre une lutte à mort, n’avaient ni le temps ni les moyens d’accorder une attention sérieuse à la lutte contre la Révolution d’Octobre. » (Staline, « La Révolution d’Octobre et la tactique des communistes russes » dans « Les questions du léninisme », t. I, Éditions sociales, Paris 1947, p. 87)

La Russie était un nœud de toutes les contradictions fondamentales de ce temps-là et, de ce fait, le maillon le plus faible du système impérialiste mondial. Le gigantesque royaume tsariste alliait l’impérialisme capitaliste à des rapports de production pré-capitalistes. Avec le développement du capitalisme s’était formée la classe des ouvriers salariés qui, malgré sa petitesse relative, devint la force décisive de la révolution russe sous la direction révolutionnaire des bolcheviks.

Lénine rompit avec le dogme de divers partis sociaux-démocrates de la IIe Internationale disant qu’une révolution n’était possible ou « permise » qu’avec des forces productives capitalistes complètement arrivées à maturité dans le pays et avec un prolétariat qui constituait la majorité absolue de la population. Sur ce dogme reposait la diffamation menchevik de la révolution d’Octobre comme « putsch », mais cela n’était, en fin de compte, qu’une tentative des opportunistes de justifier théoriquement leur capitulation devant les tâches de la révolution socialiste.

En 1917, la révolution d’Octobre russe inaugura l’époque de la révolution prolétarienne ayant pour but le renversement du système impérialiste mondial. Elle fut la première révolution victorieuse visant à abolir l’exploitation de l’homme par l’homme, condition préalable à la transition vers la société sans classes. Staline disait à propos de son importance historique :

« La Révolution d’Octobre a tout d’abord ceci de remarquable qu’elle a percé le front de l’impérialisme mondial, jeté bas la bourgeoisie impérialiste dans un des plus grands pays capitalistes, et porté au pouvoir le prolétariat socialiste. » (Staline, « Le caractère international de la Révolution d’Octobre » dans « Les questions du léninisme », t.I, Éditions sociales, Paris 1947, p. 187)

Lénine voyait dans la révolution d’Octobre l’ouverture de la révolution internationale contre l’impérialisme. C’est pourquoi il souligna :

« Cette première victoire n’est pas encore une victoire définitive et notre Révolution d’Octobre l’a remportée au prix de difficultés et de privations inouïes, de souffrances sans nom, après une suite d’échecs et d’erreurs considérables de notre part. ... C’est nous qui avons commencé cette œuvre. Quand, dans quel délai, les prolétaires de quelle nation la feront aboutir, il n’importe. Ce qui importe, c’est que la glace est rompue, la voie est ouverte, la route tracée. » (Lénine, « Pour le quatrième Anniversaire de la Révolution d’Octobre », Œuvres, t. 33, Éditions sociales, Paris 1975, p. 49)

La révolution d’Octobre devint un modèle pour les partis communistes et ouvriers de toute la planète.

La révolution d’Octobre et les révisionnistes et néorévisionnistes modernes

Les révisionnistes modernes n’osèrent pas se distancier ouvertement de la révolution d’Octobre, même pas quand ils se démarquèrent du marxisme-léninisme lors du XXe Congrès du PCUS en 1956. De Khrouchtchev à Gorbatchev, les célébrations exubérantes à l’occasion de l’anniversaire de la révolution d’Octobre devaient bercer les masses dans l’illusion que la politique révisionniste de la nouvelle bourgeoisie monopoliste bureaucratique au pouvoir s’inscrivait dans la continuité de la politique révolutionnaire de Lénine.

Dans un article de Willi Gerns, théoricien de premier plan du Parti communiste allemand (DKP), rédigé pour le 85e anniversaire de la révolution d’Octobre, on peut lire ce qui reste de l’esprit de celle-ci chez les révisionnistes modernes. D’abord il glorifie la révolution d’Octobre comme « l’événement qui a marqué le plus le cours de l’histoire dans le 20e siècle. Elle était la première révolution socialiste victorieuse. » (Unsere Zeit [Notre temps], 15 novembre 2002). Mais ensuite, il dissimule les leçons décisives de la révolution d’Octobre. Il passe sous silence le fait que la révolution d’Octobre a ouvert l’ère des révolutions prolétariennes à l’époque de l’impérialisme. Il cache les faits que le capitalisme à son stade impérialiste est un capitalisme à l’agonie et que la phase de transition historique du capitalisme au socialisme est une époque de révolutions prolétariennes. Ainsi, il dissimule le critère décisif pour l’estimation de la politique d’un parti marxiste-léniniste : à savoir s’il travaille en vue de la révolution prolétarienne ou non.

Dans son programme, le DKP admet depuis quelques années que « la rupture révolutionnaire avec les rapports de pouvoir et de propriété capitalistes » est nécessaire (Programme du DKP, supplément à Unsere Zeit, 4/2006, p. 1). Par cela, il réagit à la critique marxiste-léniniste de la conception révisionniste de la « transition pacifique au socialisme » formulée depuis 40 ans, sans pourtant s’en distancier au niveau des principes. Ce qui est caractéristique de cette position, c’est qu’elle admet désormais vaguement la nécessité d’une « rupture révolutionnaire » et laisse en même temps complètement dans l’obscurité en quoi celle-ci consiste et comment elle doit être accomplie. Ce qui est révélateur : cette prétendue modification de sa position programmatique sur la révolution s’effectue sans correction autocritique de la stratégie et de la tactique révisionnistes illusoires visant au « refoulement du pouvoir du capital monopoliste », auquel le DKP s’accroche explicitement :

« Avec cela, plus on réussit à atteindre des changements dans le sens de l’autodétermination, au poste de travail et dans la société, du contrôle démocratique, de la démilitarisation et de la démocratisation dans l’État et la société, et plus grande est l’influence des forces démocratiques et socialistes partout où la formation de l’opinion se fait, d’autant meilleures seront les chances dans la lutte pour le refoulement du pouvoir du capital monopoliste et pour ouvrir la voie au socialisme. » (ibid. p. 9)

Le rattachement de la stratégie et de la tactique révisionnistes du « refoulement du pouvoir du capital monopoliste » à la concession d’une « rupture révolutionnaire », quelle que soit sa nature, caractérise le passage du DKP du révisionnisme moderne, qui a échoué, au néorévisionnisme. Celui-ci représente une modification du révisionnisme moderne, issu du XXe Congrès du PCUS en 1956, et qui connut sa défaite la plus dévastatrice avec l’écroulement de l’Union soviétique en 1991. Aujourd’hui, le DKP est divisé en plusieurs ailes qui se combattent ouvertement. Les révisionnistes modernes, les néorévisionnistes et les réformistes de gauche luttent pour l’hégémonie dans ce parti qui traverse une crise profonde depuis la réunification de l’Allemagne et la disparition de la RDA. Mais il y a aussi un nombre croissant de membres ou partisans du DKP qui se considèrent subjectivement comme révolutionnaires et cherchent la coopération avec les marxistes-léninistes.

L’essence du révisionnisme est l’effacement de la distinction entre socialisme et capitalisme. C’est pourquoi la différence entre réforme et révolution est estompée dans la stratégie et la tactique révisionnistes. Cela mène à des contorsions de plus en plus inédites dans le programme de parti du DKP :

« Le DKP est toujours parti du principe que les bouleversements anti-monopoliste et socialiste sont des stades de développement liés l’un à l’autre dans le processus révolutionnaire unique du passage du capitalisme au socialisme.

Bouleversement anti-monopoliste signifie une période de lutte révolutionnaire, dans laquelle existent encore des éléments du capitalisme et déjà des formes de germes du socialisme. D’abord vont prévaloir les éléments de l’ancien, mais dans la lutte des classes, il faudra que les éléments caractéristiques de la nouvelle société deviennent prépondérants, si la contre-révolution ne doit pas réussir à étouffer le processus révolutionnaire. » (ibid. p. 10)

Ainsi le DKP retombe dans l’illusion de tous les opportunistes : le passage évolutionniste du capitalisme au socialisme. Ce serait une évolution graduelle, « dans laquelle existent encore des éléments du capitalisme et déjà des formes de germes du socialisme. ». Lénine critiquait fondamentalement, du point de vue de la dialectique, quand on effaçait la différence entre capitalisme et socialisme :

« La dialectique nie les vérités absolues, en expliquant comment s’opère le passage d’un contraire dans un autre et en montrant le rôle des crises dans l’histoire. L’éclectique ne veut pas d’affirmations “ trop absolues ”, afin de glisser sous main son désir petit-bourgeois, philistin, de remplacer la révolution par des “ intermédiaires ”.

Que l’intermédiaire entre l’État organe de domination de classe des capitalistes, et l’État organe de domination du prolétariat, soit justement la révolution qui consiste à renverser la bourgeoisie et à briser, à démolir sa machine d’État, cela les Kautsky et les Vandervelde le taisent. » (Lénine, « La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Œuvres, t. 28, Paris/Moscou 1961, p. 334)

Gerns ne souffle mot de la conclusion universellement valable à tirer de la révolution d’Octobre : le prolétariat révolutionnaire doit démanteler la machine d’État bourgeoise, l’organe central de pouvoir de la dictature des monopoles, et instaurer à sa place sa propre dictature afin d’opprimer les classes des exploiteurs et de les anéantir en tant que classes. Gerns se comporte comme l’ancêtre de tous les opportunistes, le renégat Kautsky, dont se moquait Lénine :

« Du marxisme, Kautsky prend ce qui est recevable pour les libéraux, pour la bourgeoisie, il rejette, il passe sous silence, il estompe ce qui, dans le marxisme, est irrecevable pour la bourgeoisie (violence révolutionnaire du prolétariat contre la bourgeoisie, pour l’anéantissement de cette dernière). » (ibid. p. 251)

En apparence, le DKP aborde les expériences historiques du mouvement ouvrier faites par exemple au Chili en 1973, quand les chars de l’armée écrasèrent l’espoir d’une transition pacifique au socialisme :

« Les expériences de la lutte des classes enseignent que la bourgeoisie monopoliste, quand elle voyait son pouvoir et ses privilèges menacés, a toujours tenté d’empêcher le progrès social par tous les moyens disponibles, allant jusqu’à l’instauration de dictatures fascistes et au déclenchement de guerres civiles. » (Programme du DKP, supplément à Unsere Zeit, 4/2006, p. 10)

Le fait que le DKP – de mauvaise foi – ne cesse de propager l’illusion de la voie pacifique vers le socialisme est d’autant plus irresponsable :

« Dans une lutte dure, sa résistance inévitable doit être surmontée, et doit être atteinte une prépondérance des forces aspirant au socialisme telle qu’elle permette d’empêcher la réaction de recourir à la violence, et soit à même d’imposer la voie vers le socialisme la plus favorable pour la classe ouvrière et ses alliés. » (ibid.)

La conception révisionniste d’un « contre-pouvoir » stratégique dans le cadre du capitalisme, qui doit empêcher les monopoles dominants d’utiliser leur appareil répressif contre les masses révolutionnaires, ne doit qu’enjoliver le renoncement à la lutte des classes révolutionnaire.

Déjà Lénine polémiqua dans son écrit « L’État et la révolution » contre la méthode avec laquelle Gerns traite la révolution d’Octobre :

« Il arrive aujourd’hui à la doctrine de Marx ce qui est arrivé plus d’une fois dans l’histoire aux doctrines des penseurs révolutionnaires et des chefs des classes opprimées en lutte pour leur affranchissement. ... Après leur mort, on essaie d’en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d’entourer leur nom d’une certaine auréole afin de “ consoler ” les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l’avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire. » (Lénine « L’État et la révolution », Œuvres, t. 25, Paris/Moscou 1975, p. 417)

Les révolutionnaires ont la responsabilité de dire la vérité toute nue à la classe ouvrière et aux larges masses. C’est pourquoi il est dit dans le programme du MLPD :

« La classe ouvrière souhaite que la révolution l’emporte sans recours à la violence. Or la question de la violence se pose indépendamment de la volonté du prolétariat. Conformément à toutes les expériences historiques, si les luttes prennent un élan révolutionnaire, les monopoles tenteront de conserver leur pouvoir en employant la violence brutale. C’est pourquoi la classe ouvrière sous la direction de son parti doit passer à l’insurrection armée. Avec le renversement de l’impérialisme et le démantèlement de l’appareil de l’État bourgeois, la lutte des classes du prolétariat atteint sa forme suprême dans le capitalisme. » (« Programme du parti marxiste-léniniste d’Allemagne (MLPD) », édition en français 2002, F/7, p. 53/54)

Trahison des leçons universellement valables du mouvement ouvrier – telle est l’attitude des révisionnistes face à la révolution d’Octobre.

Le mépris dogmatique des leçons de la révolution d’Octobre

Les dogmatiques au sein du mouvement marxiste-léniniste et ouvrier international idolâtrent à la lettre la révolution d’Octobre en tant que « Saint des Saints ». Ils fustigent comme trahison chaque appréciation objective, historique ou même critique et créatrice. Par exemple le groupe « Trotz alledem » [Malgré tout cela] redouble de reproches envers le MLPD. La nécessité de traiter ses opinions au niveau des principes réside moins dans la pertinence pratique de ce groupuscule pour la lutte des classes en Allemagne que dans l’élucidation du contenu fondamental des attaques. Dans une de ses publications, on peut lire :

« Dans la question de l’importance de la révolution d’Octobre se manifeste la banqueroute idéologique complète du MLPD ... Son attitude envers la révolution d’Octobre représente une atteinte ouverte au marxisme-léninisme, signifie une remise en cause de la révolution en général. » (Trotz alledem – Zeitung für den Aufbau der Bolschewistischen Partei Deutschland [Malgré tout cela – Journal pour la reconstruction du parti bolchevique d’Allemagne], n° 11/décembre 1998, p. 1)

Ces coups distribués à la ronde et en grand pompe sont suivis d’une canonnade de viles falsifications des positions du MLPD afin de lui coller l’étiquette du trotskisme et du kautskisme. Les auteurs de Trotz alledem ne peuvent présenter aucun document à l’appui de leur stupidité consommée, ni invoquer comme excuse l’ignorance de la ligne idéologico-politique du MLPD. Ils ne font que répandre des affirmations absurdes dans le but d’attiser des réticences. Surtout, l’analyse dialectique faite par le MLPD reste un livre fermé pour eux :

« Pour une personne lucide, cette appréciation par le MLPD est d’abord complètement incompréhensible. Pourquoi la révolution d’Octobre doit-elle avoir une importance à l’échelle mondiale, mais pas un caractère international ? » (ibid. p. 6)

Staline expliqua lors du 10e anniversaire en 1927, « la raison pour laquelle la Révolution d’Octobre est une révolution d’ordre international, mondial. » (Staline, « Le caractère international de la Révolution d’Octobre », op. cit., p. 190). Il poursuivait :

« En ébranlant l’impérialisme, la Révolution d’Octobre a créé en même temps, en la première dictature prolétarienne, une base puissante et ouverte du mouvement révolutionnaire mondial, base qu’il n’avait jamais eue auparavant et sur laquelle il peut maintenant s’appuyer. Elle a créé un centre puissant et ouvert du mouvement révolutionnaire mondial, centre qu’il n’avait jamais eu auparavant et autour duquel il peut maintenant se grouper, en organisant le front révolutionnaire unique des prolétaires et des peuples opprimés de tous les pays contre l’impérialisme. » (ibid.)

Ainsi Staline formulait l’essence générale de la révolution d’Octobre et son importance universelle pour l’encouragement du mouvement révolutionnaire dans tous les pays. Toutefois, cela ne change rien au fait que dans son essence concrète, dans sa forme, la révolution d’Octobre est restée une révolution de caractère national. En 1991, Willi Dickhut jugea le caractère de la révolution d’Octobre dans le cadre de l’époque de la révolution prolétarienne mondiale et du point de vue du matérialisme historique :

« La révolution d’Octobre russe de 1917 sonna l’avènement de la phase de transformation du capitalisme au socialisme. Elle devint le grand exemple pour les partis ouvriers communistes dans le monde. Malgré cela, la révolution d’Octobre avait un caractère national. Elle fut victorieuse parce que la Russie tsariste était le maillon le plus faible dans les rangs des États impérialistes. La révolution d’Octobre a mis en œuvre la construction du socialisme dans un seul pays. Mais la révolution n’a pas fait tache d’huile, les mouvements révolutionnaires dans d’autres pays furent opprimés. » (« Sur le caractère international de la révolution prolétarienne », Documents du IVe Congrès du MLPD, p. 243)

Avec leur jugement métaphysique porté sur la révolution d’Octobre, les dogmatiques obstruent la connaissance de la nécessité de la révolution internationale. Ils veulent recopier de manière figée sur la période actuelle un modèle de révolution qui était correct – voire même génial – dans les conditions particulières de 1917. À cet effet, ils doivent ignorer des changements essentiels au sein de l’impérialisme et les conditions différentes dans les divers pays.

La révolution d’Octobre – mise en pratique de la stratégie de la révolution internationale

En accord fondamental avec Marx et Engels, Lénine prit la révolution internationale pour point permanent de départ et de référence permanent de sa stratégie révolutionnaire. Dans la révolution russe, il ne vit que l’ouverture de la révolution internationale, c’est-à-dire seulement « un maillon dans la chaîne de la révolution internationale. » (Lénine, « Discours à la Conférence des présidents des C.E. », Œuvres, t.31, Paris/Moscou 1961, p. 333).

Sur la base de la crise révolutionnaire, provoquée par la Première Guerre mondiale et déclenchée par la révolution d’Octobre et la guerre civile en Russie, des mouvements révolutionnaires se déployèrent dans une série de pays capitalistes, de colonies et de semi-colonies. Contre les attentes de Lénine, la révolution d’Octobre ne déclencha pourtant pas une révolution internationale. Dans aucun autre pays, les révolutionnaires ne purent l’emporter sur la contre-révolution. Néanmoins, le mouvement révolutionnaire dans beaucoup de pays empêcha l’impérialisme mondial de concentrer ses forces sur la répression de la révolution russe, ce qui souligna le rapport indissoluble entre la révolution d’Octobre et la lutte des classes internationale.

Lénine ne voyait pas de raison pour le pessimisme ou la résignation dans le non-déclenchement de la révolution internationale. Bien que ses attentes n’aient pas été satisfaites, il défendit « que nous avions misé sur la révolution internationale et que nous avions vu juste. » (Lénine, « Discours à la Séance du Soviet de Moscou », Œuvres, t. 31, Paris/Moscou 1961, p. 412)

Lors du IIIe Congrès de l’Internationale communiste en été 1921, Lénine fit un bilan critique et autocritique :

« Quand nous avons entrepris, à l’époque, la révolution internationale, nous n’avons pas agi avec l’idée que nous pouvions anticiper son développement, mais parce qu’un concours de circonstances nous a incités à commencer. Ou bien la révolution internationale nous viendra en aide, pensions-nous, et alors nos victoires seront absolument garanties, ou bien nous réaliserons notre modeste tâche révolutionnaire avec le sentiment que, en cas de défaite, nous aurons tout de même servi la cause de la révolution et que notre expérience profitera à d’autres révolutions. Nous comprenions fort bien que sans le soutien de la révolution internationale, la victoire de la révolution prolétarienne est impossible. Avant comme après la révolution, nous nous disions : ou bien la révolution éclatera dans les pays capitalistes plus évolués, immédiatement, sinon à brève échéance, ou bien nous devons périr. Malgré cette conviction, nous avons tout mis en œuvre pour sauvegarder le système soviétique, coûte que coûte, en toutes circonstances, car nous savions que nous ne travaillions pas seulement pour nousmêmes, mais aussi pour la révolution internationale. Nous le savions ; nous avons exprimé cette conviction maintes fois avant et immédiatement après la Révolution d’Octobre, ainsi qu’à la conclusion de la paix de Brest-Litovsk. Et c’était, en somme, une position juste. » (Lénine, « IIIe Congrès de l’Internationale Communiste », Œuvres, t. 32, Paris 1976, p. 511)

Lénine avait perçu les lois objectives dans l’ère de l’impérialisme, c’est pourquoi il partait strictement de la révolution prolétarienne internationale dans sa stratégie. Dans un discours au troisième anniversaire de la révolution d’Octobre, il constatait :

« Nous savions alors que notre victoire ne serait une victoire solide que lorsque notre cause aurait triomphé dans le monde entier, car nous n’avions commencé notre œuvre que parce que nous comptions entièrement sur la révolution mondiale. » (Lénine, Œuvres, t. 31, Paris 1976, p. 411/412 – mise en relief par la rédaction)

L’espérance concrète de Lénine ne s’accomplissait pas. Certes les facteurs de la révolution prolétarienne étaient donnés en Russie, mais ils n’étaient pas encore mûris objectivement et subjectivement dans les autres pays capitalistes. La réaction en chaîne internationale de révolutions pour constituer l’« Union des Républiques socialistes soviétiques du monde et l’unification économique des travailleurs de tous les pays dans l’économie mondiale unique du socialisme, que le prolétariat du monde doit réaliser après la conquête du pouvoir d’État » ne se produisait pas. (Protocole du VIe Congrès mondial de l’Internationale Communiste, dans « Die Kommunistische Internationale in Thesen, Resolutionen, Beschlüssen und Aufrufen » [l’Internationale communiste dans ses thèses, résolutions et appels], t. 2, p. 322 –TDLR)

Malgré cette expérience, la direction du PCUS refusa à juste titre toute capitulation et prouva dans les décennies suivantes qu’en Russie non seulement la révolution prolétarienne pouvait triompher, mais aussi que le socialisme pouvait être établi. Contrairement à l’approche théorique et pratique de Lénine, les dogmatiques avec leur mode de pensée métaphysique ne considèrent pas la révolution d’Octobre comme élément de la révolution internationale. Dans des périodes d’accalmie relative dans la lutte des classes, cela peut encore être excusable, car il importe alors de tout mettre en œuvre pour reconstruire, renforcer et consolider le mouvement ouvrier révolutionnaire dans les différents pays. Mais depuis le début de la nouvelle phase de transformation du capitalisme au socialisme, provoquée par la nouvelle organisation de la production internationale, cette position est inexcusable, car elle mènerait inévitablement à la défaite.

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