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A propos de changements essentiels du système mondial impérialiste depuis l'analyse de l'impérialisme de Lénine

Dieter Ilius, (member of editorial team of MLPD theoretical organ, Revolutionärer Weg), Article n ° A11 pour la «discussion Internet internationale sur l'importance de la révolution du 100 octobre», 13 septembre 2017

 

Lénine a développé le marxisme essentiellement en analysant la transformation du capitalisme de libre concurrence en impérialisme. Dans son ouvrage inégalé « L'impérialisme, stade suprême du capitalisme » il a défini l'impérialisme comme « stade monopoliste du capitalisme » : « L'impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s'est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s'est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes. » (Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme , Pékin 1966, p. 105)

Des théoriciens petits-bourgeois comme le philosophe italien Antonio Negri et l'Américain Michael Hardt par contre attaquent dans leur livre « Empire », publié en 2000, l'analyse de l'impérialisme de Lénine comme soi-disant « complètement dépassée ». Ils prétendent que le monde était entré dans une « nouvelle phase » du développement du capitalisme « située au-delà de l'impérialisme » où le capital financier international emploie son pouvoir immense pour atténuer, régulariser et neutraliser les contradictions. Cette « théorie » a ses prédécesseurs dans la « théorie de l'ultra-impérialisme » du social-démocrate Karl Kautsky, théorie par laquelle il voulait faire passer l’impérialisme comme progrès social.

Le MLPD en revanche a, basé sur l'analyse de l'impérialisme de Lénine, examiné dans son organe théorique Voie Révolutionnaire, les phénomènes nouveaux et les changements essentiels qui se sont produits depuis lors dans l'évolution de l'impérialisme, en particulier de l'impérialisme allemand, et à tiré sur cette base des conséquences pour la stratégie et la tactique. Certains partisans influencés par le dogmatisme affirment pourtant qu'il n'y avait que des changements quantitatifs, mais pas de changements essentiels, c'est-à-dire qualitatifs dans l'évolution de l'impérialisme depuis Lénine. Ils ne se rendent pas compte que, ce faisant, ils s'opposent à Lénine même et à sa méthode dialectique. Quand Lénine, de janvier à juin 1916, écrivit son ouvrage sur l'impérialisme, la progression du capitalisme monopoliste au capitalisme monopoliste d'État n'entrait pas encore en considération. Or six mois plus tard déjà, il mentionna dans son « esquisse de thèses » la « transition des monopoles … vers le capitalisme monopoliste d'État » (Lenin Werke tome 23, p. 218 ; tdlr) Et dans la préface à la première édition de « L’État et la Révolution » (écrit en août/septembre 1917) il écrivit : « La guerre impérialiste a considérablement accéléré et accentué le processus de transformation du capitalisme monopoliste en capitalisme monopoliste d'État. » (Lénine, L’État et la Révolution, Moscou 1969, p. 3) « Nous avons aujourd'hui atteint ce degré d'évolution de l'économie mondiale, prélude du socialisme » (Lénine, Pour le pain et la paix, https://www.marxists.org/français/lenin/œuvres). La force motrice de cette évolution fut l'aspiration aux profits maximaux.

Le capitalisme monopoliste d'État en tant que nouveau degré de l'évolution de l'impérialisme s'est formé dans son intégralité pendant la Seconde guerre mondiale. Willi Dickhut, maître à penser du MLPD, a analysé et qualifié cela sous tous les aspects dans son livre « Der staatsmonopolistische Kapitalismus in der BRD » (Le Capitalisme monopoliste d'État en RFA), et il a mis à jour la trahison révisionniste de la théorie de l'impérialisme de Lénine et du capitalisme monopoliste d'État. Avec la transformation du capitalisme en capitalisme monopoliste et en capitalisme monopoliste d'État l'importance et le rôle de l'État a changé aussi. « D'un représentant des intérêts du capital entier devint un représentant d'une poignée de capitalistes monopolistes… Seul dans la tâche d'atténuer les antagonismes de classe et d'opprimer la lutte de classe prolétarienne, l'État a gardé son ancien rôle d'instrument de pouvoir de la classe capitaliste entière. » (Willi Dickhut, « Der staatsmonopolistische Kapita­lismus in der BRD », p 57/58 ; tdlr)

La Seconde guerre mondial ébranla le système impérialiste mondial encore plus profondément que la Première guerre mondiale. Le monde s'est divisé en deux camps : le camp capitaliste et le camp socialiste. En même temps, cela facilita aux pays colonisés de se libérer du joug impérialiste, ce qui approfondit la crise générale du capitalisme. En Allemagne et dans d'autres pays il y eut, après les destructions immenses par la Seconde guerre mondiale, un essor économique de longue durée. Celui-ci créa, dans les années 1950 et 1960, les conditions préalables pour l'internationalisation du capital monopoliste. Dans la Voie révolutionnaire 18, le MLPD a constaté en 1979 : « Déjà au 19e siècle, il y avait des sociétés multinationales isolées, en particulier en Angleterre et en Amérique, … mais après la Seconde Guerre mondiale, c'était comme une marée d'équinoxe qui se déversait dans des pays étrangers… L'internationalisation de la production signifie une nouvelle phase dans le capitalisme monopoliste d'État, une expansion et en même temps une concentration plus forte des monopoles. » (p. 135/144 ; tdlr)

Le système du néocolonialisme naquit, qui n'était pas moins spoliateur que l'ancien système colonial. Cependant, par l'exportation impérialiste de capitaux, les rapports de production et de classe dans les pays dépendants et opprimés ont connu un changement qualitatif. Dans le plus grand nombre de pays, des rapports de production capitalistes furent prédominants, et une division en classes de plus en plus forte entre prolétariat et bourgeoisie se développa. Dans la plupart des pays naquit une grande bourgeoisie réactionnaire reliée au capital financier international qui disposait elle-même de capitaux industriels et agricoles développés. Dans plusieurs pays, ce processus mena déjà, dans les années 1970, à la naissance de monopoles nationaux dépendants des impérialistes à de degrés différents. Cela a essentiellement changé les conditions de la lutte de classe et de la lutte de libération anti-impérialiste dans ces pays.

Avec la victoire du révisionnisme moderne en URSS (XXe Congrès du PC de l'URSS, 1956), avec le renversement de la dictature du prolétariat et la restauration du capitalisme en Union soviétique, la situation mondiale avait changé fondamentalement. Avec la transformation de l'Union soviétique en social-impérialisme se développa un système impérialiste mondial bipolaire, avec en tête les deux super-puissances États-Unis et Union soviétique et les deux blocs militaires OTAN et Pacte de Varsovie. La fin de l'ère de l'Union soviétique social-impérialiste fut le point de départ politique pour une nouvelle organisation de la production capitaliste internationale. Celle-ci entama une nouvelle étape de l'évolution de l'impérialisme, une nouvelle phase de la lutte pour le repartage du monde. Aujourd'hui, l'économie mondiale est dominée par des super-monopoles internationaux, ce qui signifie un changement qualitatif du développement sociétal. « La classe ouvrière internationale est la force décisive dans la société capitaliste qui transforme la société. À sa tête se trouve aujourd’hui le prolétariat industriel international comme vecteur du mode de production le plus avancé et pôle directement opposé au capital financier international dominant sans partage. » (Programme du MLPD, p. 16)

Avec la nouvelle organisation de la production internationale, les États nationaux devinrent les prestataires de services pour l’expansion internationale des monopoles. L’État national donné reste cependant la base de pouvoir politique indispensable dans la lutte pour le repartage des parts à la production internationale. C'est un rêve petit-bourgeois révisionniste lorsque le DKP révisionniste soutient que l'impérialisme se détache des États nationaux en faveur d'une « machinerie de puissance transnationale » et que ces États perdent en importance.

Favorisés par d'énormes exportations de capitaux des pays impérialistes au début du nouveau millénaire et lors de la crise économique et financière mondiale de 2008 à 2014, une série de pays anciennement soumis à une dépendance néo-coloniale se transformèrent de pays principalement agricoles en pays industriels capitalistes. Avec la formation de capital monopoliste et de structures monopolistes d'État plusieurs pays néo-impérialistes virent le jour, ce qui est l'expression d'une nouvelle qualité de la propension générale à produire des crises de l'impérialisme marqué par une multipolarité. Le danger d'une guerre mondiale et la menace d'une catastrophe écologique mondiale, qui remet en cause les fondements de l'existence de l'humanité, s'accroissent. La politique fascisante de Trump, l'instauration de la dictature fasciste en Turquie, le revirement à droite de différents gouvernements et la fascisation des appareils d'État représentent la tentative réactionnaire de l'impérialisme de sortir de sa propension à produire des crises. Avec la polarisation sociétale et l'érosion du système du mode de pensée petit-bourgeois s'accroît la recherche d'une alternative sociétale. La force dirigeante dans le revirement de l'état d'esprit progressif naissant au plan international, c'est le prolétariat industriel international. Cela constitue un défi et une chance pour le mouvement marxiste-léniniste et ouvrier international.

 

Dieter Ilius, (member of editorial team of MLPD theoretical organ, Revolutionärer Weg)

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