Palestine

Au sujet du Hamas, composante de la résistance palestinienne

PPDS, 

A l’attention des camarades de l’UPML et du MLPD, membres de l’ICOR, au sujet du Hamas, composante de la résistance palestinienne.

Nous lisons dans les dernières déclarations publiées sur le site de l’ICOR que le Hamas est identifié comme une organisation « terroriste » et « fasciste ».Nous refusons cette stigmatisation, qui conduit dans la période actuelle à de graves erreurs sur l’analyse marxiste de la situation en Palestine occupée, et souhaitons en expliquer les raisons concrètes.

Sur les « massacres du 7 octobre », nous refusons de considérer l’offensive comme une entreprise « terroriste ». La propagande de guerre, entièrement construite par l’occupant et son armée, repose sur une telle série de mensonges que nous ne saurions en tirer des conséquences politiques pertinentes « de loin » :Cette offensive a été pour l’entité sioniste une humiliation totale et traduit dans la période le grand retour de la guerre de libération palestinienne, que les épisodes de normalisation d’Israël par différents gouvernements arabes avaient commencé d’éluder ces dernières années. Les bases militaires israéliennes ont été neutralisées pendant que des kibboutz ont été pris d’assaut pour capturer des prisonniers de guerre, monnaie d’échange pour exiger la libération des milliers d’otages palestiniens dans les geôles israéliennes, enfants, femmes et hommes, retenus sans procès dans des conditions inacceptables. Des victimes civiles sont à déplorer des deux côtés, mais nous apprenons progressivement queles tirs aveugles de l’armée israélienne sont responsables d’une large part d’entre eux. Nous ne prenons pas pour argent comptant la qualification de « terroriste », qui est celle donnée par les colons et leurs soutiens impérialistes occidentaux. Nulle organisation, même fasciste, ne saurait être qualifiée « par essence » de terroriste, mot qui identifie indistinctement les résistants et les djihadistes fascistes de Daech (soutenus par les impérialistes euro-américains).

Concernant l’organisationHamas : dire qu’il s’agit d’une organisation « fasciste » conduit à développer une position semi-trotskiste inconséquente de « ni-ni », alors que la réalité complexe de la résistance palestinienne nous impose un travail d’analyse approfondi tenant compte de l’histoire.

Le Hamas est à son origine une organisation d’idéologie islamiste réactionnaire, créée comme branche palestinienne des Frères Musulmans et soutenus au départ par Israël pour assassiner des cadres du Fatah et du FPLP ainsi que pour éluder la lutte pour droit au retour des réfugiés palestiniens. Cependant, si l’idéologie du Hamas a peu changé et répond encore à l’identification d’islamiste,l’histoire locale, notamment à Gaza, rend son appartenance à la résistance palestinienne désormais indiscutable.

Il y a eu dans le passé, bien sûr, des conflits, parfois armés, entre plusieurs branches de cette résistance. Dans ces conflits il appartient à chacun d’analyser les rapports de force et les arguments des uns et des autres. Mais la seule ligne pertinente pour les soutiens honnêtes du peuple palestinien était et restera l’appel à l’unité de cette résistance contre l’occupant. Le qualificatif de « fasciste » amène à considérer que nous ne soutiendrions pas l’opération Déluge d’octobre dernier, ce qui est une erreur grave.

Nous sommes marxistes et nous refusons donc d’essentialiser : nous qualifions les organisations à ce qu’elles font et non à ce qu’elles pensent d’elles-mêmes.En ce sens, le Hamas est une organisation de la résistance palestinienne et ne peut être qualifiée de « fasciste », comme nous invitent à le penser la propagande sioniste et atlantiste :

  • L’opération Déluge du 7 octobre a été pensée et réalisée à l’initiative du Hamas mais en collaboration directe avec d’autres organisations marxistes léninistes comme le FPLP et le FDLP, qui lors de l’opération ont eu comme le Hamas des martyrs. Ces dernières répondent-elles à la même qualification que le Hamas ?

  • Le Hamas est épaulé par des forces armées antisionistes telles que celle du Yémen, dont le peuple est victime de la pétromonarchie féodale saoudienne, mais aussi bien sûr du Hezbollah libanais, victorieux de l’entité sioniste en 2006, avec les communistes du PCL notamment. Ces forces font également front contre les organisations objectivement fascistes que sont Daech et Al Nosra en Syrie. Ces dernières, islamistes opposées aux luttes de libération nationale et armées dans ce sens par l’impérialisme euro-américain, peuvent, elles, être qualifiées de fascistes.

  • Pour mémoire, Daech, organisation transnationale fasciste financée par l’impérialisme euro-américain contre l’Irak et la Syrie, met régulièrement en scène des djihadistes brûlant des drapeaux nationaux arabes, y compris le drapeau palestinien, affirmant qu’il n’y a qu’un seul drapeau, le drapeau noir du califat qu’ils prétendent défendre. A Gaza, une mosquée tenue par Daech, a servi de siège à une tentative de coup d’Etat en 2015 contre l’autorité gazaouie représentée par le Hamas, organisation de « mécréants » selon eux. Comme Israël, la ligne politique des islamistes de Daech et d’Al Nosra reste anti-palestinienne donc objectivement sioniste et fasciste.

  • L’actuel massacre israélien sur Gaza est incommensurable aux dégâts humains de l’opération Déluge, en ampleur comme en intention. Il s’agit là clairement, et seulement, d’un crime contre l’humanité à caractère fasciste, que la fausse qualification de « fasciste » et « terroriste » du Hamas vient édulcorer, dans le sillage de la propagande de guerre négationniste occidentale.

  • Le Hamas conditionne la libération de ses prisonniers de guerre à la libération des otages palestiniens des prisons israéliennes sans exclusive : L’entité sioniste doit libérer les prisonniers palestiniens sans parti, du Hamas mais aussi de toutes les composantes de la résistance palestinienne, y compris du Fatah. Il y a dans cette revendication un élément unitaire, soutenu par le peuple palestinien dans la bande de Gaza comme en Cisjordanie, incompatible à ce qu’on attribue à une politique fasciste.

  • Contrairement aux menées barbares des organisations islamistes sus-nommées, les combattants du Hamas militent explicitement pour une libération nationale du peuple palestinien et arborent comme toutes les autres composantes de la résistance le drapeau palestinien. Seul ce fait, qui s’oppose aux politiques sionistes et impérialistes, doit être prioritaire pour formuler une analyse de classe de la situation en Palestine occupée. C’est pour cette raison que les impérialistes euro-américains et leurs potentats locaux qualifiaient déjà de « fascistes » et de « terroristes » les résistants anticoloniaux du FLN en Algérie, de l’ANC en Afrique du Sud, et même jadis du Fatah en Palestine et dans les pays voisins. Nous refusons quant à nous cet amalgame.

Du point de vue marxiste,nous considérons que le terme « fasciste » a un sens précis, un sens du point de vue de la lutte de classe, et qu’il répond à plusieurs critères, auxquels dans la région seuls les sionistes et les djihadistes répondent : Idéologie réactionnaire, ségrégations et répression terroriste, épurations ethniques et agression systématique des nations constituées, le tout encouragé, armé et préparé par l’impérialisme qui mène localement une politique du chaos pour déstabiliser les souverainetés nationales et écraser les luttes de libération nationale dans un bain de sang.

Le fascisme, qui use effectivement de politiques « terroristes et barbares » au sens de Dimitrov, ne peut donc exister au sein de la résistance palestinienne en tant que telle. Dans celle-ci, on trouve des organisations marxistes, des organisations nationalistes arabes (qui furent elles-mêmes qualifiées de fascistes par les impérialistes, depuis que Nasser nationalisa le canal de Suez par exemple), et même des organisations à idéologie réactionnaire comme le Hamas, mais c’est dans le processus de libération du peuple palestinien qu’il faut juger de ces composantes pour ce qu’elles font et non pour ce qu’elles pensent.

Face à cette résistance, l’entité sioniste, fasciste et terroriste, n’a pas « le droit à la sécurité » : C’est un Etat colonial sans aucune légitimité, et le peuple palestinien, comme la nation arabe toute entière, n’auront de salut qu’à condition que celui-ci soit vaincu et remplacé par un Etat palestinien multinational.