Version longue de l'intervention lors du débat à Paris

Soutien total à la lutte de libération palestinienne – mais comment ?

Monika Gärtner-Engel, Responsable d’internationalisme du MLPD, 

Chers camarades, chers amis, femmes et hommes,

L'oppression du peuple palestinien dure depuis des décennies – depuis le moment où l'État d'Israël, reconnu par le droit international, a commencé, sous la direction des sionistes, à opprimer et à exterminer le peuple palestinien avec la Nakba en 1948. Avec le blocus depuis 2007, la bande de Gaza s'est transformée en une prison à ciel ouvert densément peuplée et soumise à une occupation israélienne brutale. Aujourd'hui, environ 6 000 prisonniers politiques sont incarcérés en Israël, environ 820 en détention administrative sans inculpation, sans procès et sans aucune preuve. Avec la poursuite de la fascisation d'Israël impérialiste, les attaques meurtrières des colons racistes et le vol continu de terres en Cisjordanie, Israël sioniste-impérialiste exerce une terreur d'État permanente. La guerre actuelle contre Gaza n'est qu'un crime de guerre contre l'homme et la nature et ne peut être justifiée par rien de ce qui s'est passé le 7 octobre. Plus de 20 000 morts, en grande partie des civils, et au moins 50 000 blessés, des milliers d'appartements et de maisons détruits, de la terre brûlée, la destruction d'infrastructures élémentaires pour l'approvisionnement en eau, en nourriture, en essence et en aide médicale. Il n'y a pratiquement plus d'hôpital en état de marche dans la bande de Gaza, et ce avec chaque jour de nouveaux blessés par les bombardements et l’offensive terrestre. Cette guerre viole même le droit humanitaire bourgeois international et remplit les critères de crimes de guerre qui y sont définis.

Cette guerre doit être stoppée immédiatement et toutes les troupes israéliennes doivent être retirées ! Les responsables impérialistes doivent payer des dommages et intérêts au peuple palestinien et accepter pleinement ses droits !

L'affirmation que le Hamas se cacherait dans et sous les mosquées, les écoles et les hôpitaux ne donne pas du tout le droit à Israël de les bombarder et de les raser. L'affirmation que la guerre vise principalement les dirigeants du Hamas est un mensonge. Il s'agit d'une guerre d'extermination contre le peuple palestinien. L'armée israélienne se livre à une véritable chasse à l'homme : les masses ont d'abord été invitées à se déplacer du nord vers le sud. Désormais, elles s'agglutinent au sud – et le sud est bombardé et occupé par des chars.

En tant que zones soi-disant humanitaires, les masses doivent se diriger vers la mer et le poste-frontière de Rafah. Les plans secrets se dévoilent de plus en plus : mettre en scène une « Nakba de Gaza » qui doit pousser les masses palestiniennes soit vers la mer, soit vers le désert égyptien du Sinaï. Cette terreur d'État est soutenue par les puissances impérialistes de l'OTAN et de l'UE – avec pour seule limite des divergences tactiques – en premier lieu par les impérialismes américain et allemand. L'impérialisme allemand argumente hypocritement que cette obligation résulte de l'holocauste. Au contraire ! De l'holocauste résulte l'obligation de s'opposer résolument à un nouveau génocide, cette fois-ci contre le peuple palestinien. La solidarité internationale, l'internationalisme prolétarien, doit, en association avec les masses palestiniennes, mettre un terme à tout cela avec détermination.

La lutte de libération palestinienne est justifiée, bénéficie de notre solidarité totale et a pour objectif stratégique un État palestinien dans lequel les masses palestiniennes et juives vivent ensemble en paix. Depuis sa fondation, le MLPD défend la lutte de libération palestinienne contre toutes les hostilités à son encontre.

En même temps, nous soutenons « la position adoptée par l'Union soviétique, alors socialiste, de Staline après l'holocauste par le fascisme hitlérien allemand pour la fondation de l'État d'Israël.… Après l'échec d'un État juif judéo-arabe commun, il a été décidé, en 1947, de diviser le territoire sous mandat britannique en Israël et en Palestine. L'Union soviétique, alors socialiste, a soutenu cela dans cette situation et a été la première à reconnaître l'État d'Israël, ce qui était juste. »1

Reconnaître le droit à l'existence d'Israël ne signifie en aucun cas reconnaître le sionisme comme raison d'État, la politique fascisante de l'État impérialiste israélien ou même l'occupation israélienne et sa terreur d'État.2 Cela ne signifie pas non plus reconnaître les accords d'Oslo, signés par la direction de l'OLP. Ceux-ci sont qualifiés à juste titre de trahison de la cause palestinienne. Cette position correspond également à notre pratique résolue de la solidarité avec la lutte de libération palestinienne, notamment au cours des derniers mois.

Chers camarades, cette solidarité inclut également la discussion et le débat sur la stratégie et la tactique correctes de la lutte de libération palestinienne, sur la base de principes révolutionnaires et marxistes-léninistes. Oui, chaque mouvement décide lui-même de sa direction ! Mais non, cela n'exclut en aucun cas une discussion critique, objective et aussi publique sur ce sujet, partant du point de vue de classe prolétarien.

Dans ce contexte, nous critiquons de principe le Hamas et le Jihad islamique et la pratique de travailler avec eux. Nous critiquons fermement l'exigence de ne pas critiquer publiquement ces forces, car elles feraient partie intégrante de la résistance palestinienne.
Cette position suscite parfois une vive hostilité et des accusations absurdes, pour ainsi dire, à l'encontre du MLPD. Ce faisant, on se réfère parfois à tort à Lénine ou à Mao Zedong. Comme il s'agit de toute une gamme d'« arguments » contre notre position, nous devons nous y attarder un peu plus. Cela ne signifie en aucun cas que nous plaçons cette question au-dessus du rejet de principe de la politique sioniste. Nous faisons également référence à Mao Zedong, car nos détracteurs dans ce débat proviennent souvent d'organisations du « camp maoïste ».

Il convient tout d'abord de noter que le Hamas et le Jihad ne sont pas des représentants de la bourgeoisie nationale, de la bourgeoisie libérale, de la bourgeoisie réformiste ou des forces conservatrices dans la lutte de libération nationale. Le Hamas et le Jihad font partie depuis leur création d'une tendance réactionnaire transnationale fondée sur la charia et sont aujourd'hui surtout le bras droit de l'Iran et du Qatar, pays néo-impérialistes.3 Mais même s'ils n'avaient pas ce caractère, Lénine et Mao Zedong ne pourraient en aucun cas être cités comme témoins principaux pour renoncer à une politique d'alliance qui exprime publiquement des critiques. Si l'on s'y penche vraiment, on constatera que tous deux ont défendu des principes très clairs pour la lutte de libération nationale et la défense ouverte de positions communistes – même critiques – comme partie intégrante de toute politique de front uni.

Lénine a développé des critères clairs pour la classe ouvrière en vue d'une alliance temporaire avec la bourgeoisie nationale pour soutenir sa lutte de libération nationale. Pour cela, il posait trois conditions fondamentales :

  1. Il faut s'assurer que les mouvements de libération bourgeois « seront réellement révolutionnaires, où leurs représentants ne s'opposeront pas à ce que nous formions et organisions dans un esprit révolutionnaire la paysannerie et les larges masses d'exploités. Si ces conditions ne sont pas remplis, les communistes doivent, dans ces pays, lutter contre la bourgeoisie réformiste... »4

  2. Seule la lutte de la bourgeoisie d'une nation opprimée contre celle qui l'opprime est progressiste et profite au prolétariat. Mais toute lutte de la bourgeoisie (y compris la sienne) pour des prérogatives nationales, des privilèges par rapport à d'autres nations, est réactionnaire et doit être combattue de principe par le prolétariat.

  3. Les communistes ne doivent pas se fondre dans les forces bourgeoises-nationales, mais « pas fusionner avec [elles], et maintenir fermement l'indépendance du mouvement prolétarien – même sous sa forme la plus embryonnaire ... »5

Ces lignes directrices de Lénine sont universelles. Ce n'est pas la discussion critique sur le Hamas ou le Jihad, mais l'abandon des principes révolutionnaires qui porte atteinte à l'intérêt de la lutte pour la libération nationale et sociale du peuple palestinien et qui va à l'encontre de l'internationalisme prolétarien.

Premièrement, les organisations ne peuvent pas être jugées positivement uniquement en fonction de leur orientation contre un impérialiste, par exemple les États-Unis ou Israël. Les communistes iraniens ont payé cette erreur d'appréciation du sang de milliers de révolutionnaires. Ils ont temporairement soutenu Khomeini dans sa lutte contre le Shah et les États-Unis et ont même collaboré avec lui en tant qu'« anti-impérialiste ». Après la « victoire » sur ces derniers, un massacre sanglant a commencé. Aujourd'hui, ce « front uni » est unanimement jugé par les révolutionnaires comme une erreur mortelle. Le simple fait d'appliquer le critère de « prise de position pour la Palestine » sans aucun point de vue de classe conduirait aujourd'hui tout droit à une fraternisation social-chauvine avec Erdogan ou le régime des mollahs en Iran.

Deuxièmement, l'alliance avec le Hamas est comparée à l'alliance du parti communiste chinois avec le Kuomintang. Mais à l'époque, le Kuomintang représentait la bourgeoisie nationale sur la base des idées nationales-démocratiques du Dr Sun-Ya Zen, tandis que le Hamas est depuis le début le bras droit ou l'instrument de puissances étrangères réactionnaires.6 Aujourd'hui, il sert les intérêts du Qatar, de l'Iran et de la Turquie. Nous les qualifions tous de pays néo-impérialistes qui luttent pour étendre leur position de force au Moyen-Orient et qui utilisent des organisations comme le Hamas à cette fin. Que l'on qualifie ces pays de néo-impérialistes ou « seulement » de grandes puissances réactionnaires, accepter leur bras armé comme force dirigeante dans la lutte détruit la lutte de libération et fait de lui un jouet de la concurrence impérialiste.

Troisièmement, Lénine n'était pas le seul à souligner – comme nous l'avons vu plus haut – la nécessaire indépendance des communistes dans les alliances de la lutte de libération nationale. Mao Zedong défendait lui aussi la dialectique de l'indépendance et de l'autonomie dans le front uni (5 novembre 1938) 7 et écrivait :

  • « Notre politique, c’est l’indépendance et l’autonomie au sein du front uni, C’est-à-dire l’unité mais aussi l’indépendance. »8Il critiquait fermement « une déviation de droite » selon laquelleon « estompait ... la différence de principe entre le Kuomintang et le Parti communiste ; » on renonçait « à une politique indépendante et autonome dans le front uni, se [montrait] accommodants à l'égard … du Kuomintang … au lieu de développer hardiment les forces révolutionnaires antijaponaises et de combattre résolument la politique du Kuomintang de lutte contre le Parti communiste et de limitation du Parti communiste. » 9

Mao Zedong mettait donc fermement en garde contre la subordination des communistes ou des révolutionnaires aux forces bourgeoises ou petites-bourgeoises, qui mènerait à la défaite :

  • « La cause principale de la défaite de la révolution en 1927, c'est que, au temps où la ligne opportuniste prévalait à l'intérieur du Parti communiste, aucun effort ne fut fait pour élargir nos propres rangs (le mouvement ouvrier et paysan et l'armée conduite par le Parti communiste), et qu'on s'est contenté de s'appuyer sur un allié temporaire, le Kuomintang. »10

Le FPLP et le FDLP sont des forces démocratiques progressistes et laïques avec une prétention clairement révolutionnaire. Mais où apparaissent-elles dans la lutte actuelle ? Où sont la stratégie et la tactique révolutionnaires ou marxistes-léninistes ? Pourquoi demande-t-on de renoncer à la critique publique du Hamas ? Où est la confrontation idéologique et politique avec les forces islamistes fondamentalistes comme le Hamas ou le Jihad ? Bien sûr, le FPLP et le FDLP décident eux-mêmes de leur voie, de leur stratégie et de leur tactique, c'est leur droit le plus strict. Mais il est aussi de notre devoir de nous faire une opinion à ce sujet à l'aide des classiques du marxisme-léninisme et de l'analyse concrète de la situation concrète d'aujourd'hui et d'en discuter d'égal à égal.

Quatrièmement, le Hamas défend des positions fondamentales fascistes sur le plan idéologique. Il a deux bases programmatiques : la charte de 1987/88 et le document stratégique de 2017. Il déclare dans la charte, qui n'a explicitement pas été abrogée par le document stratégique : « Le mouvement de résistance islamiste est une branche des Frères musulmans en Palestine ». Elle réclame un hommage inconditionnel et menace : « Quiconque dénie ici leur droit et néglige de les soutenir ou est aveuglé et s'efforce en conséquence de réduire à néant leur rôle, défie le destin ». L'objectif stratégique est orienté de manière clairement antisémite et raciste contre « les Juifs » et la Charte écrit, en se référant au Prophète : « L'heure viendra où les musulmans combattront les Juifs et les tueront jusqu'à ce que les Juifs se cachent derrière des pierres et des arbres ». Et plus loin : "La question de la Palestine ne peut être résolue que par le djihad.... Car la Palestine est une terre islamique ». Le rôle « important » attribué aux femmes est particulièrement inouï : « ...dans la gestion du foyer et l'instruction des enfants... en préparation de leur rôle de combattant du djihad ». Pour créer leur base de masse, ils propagent également la « solidarité sociale », mais celle-ci est à son tour dirigée de manière raciste contre « les juifs » : « Les juifs agissent indistinctement de manière nazie... Pour s'opposer à ces actes, il faut une solidarité sociale ». La solidarité et le soutien sont promis au mouvement national palestinien, à condition qu'il soit anticommuniste et ne se joigne pas à « l'Est communiste ». Une autre ligne de démarcation est clairement tracée : toute « idéologie laïque est totalement contraire à notre idéologie religieuse ».11Le document stratégique de 201712 contient des explications plus détaillées sur la tolérance, les droits de l'homme et la coopération avec d'autres religions également. Il ne remplace expressément toutefois pas la Charte, mais s'adapte à l'évolution de l'esprit du temps et propage là aussi principalement la résistance militaire. Récemment, nous avons vu comment les talibans, après avoir repris le pouvoir en Afghanistan, se sont également engagés explicitement, dans leur expression et leurs promesses, à respecter les droits de l'homme, voire les droits des femmes, etc. Même les médias occidentaux ont fait l'éloge – comme pour le document stratégique de 2017 – du fait que les talibans étaient plus conciliants, plus éduqués et apparemment prêts à s'engager dans un partenariat. Nous avons tous vu ce qu'il en est advenu.

Nous rejetons par principe la collaboration (en plus sans aucune critique publique) avec des forces idéologiquement et politiquement réactionnaires en tant que composante de la « politique de Querfront » [front croisé]. Ces dernières années, elle a été propagée tout particulièrement par le président russe Poutine, des fascistes et une grande partie des révisionnistes.
Mao Zedong, n’a pas renoncé, surtout pas dans le cadre de sa collaboration avec le Kuomintang, à la confrontation idéologique et accepté de mettre de côté les idées communistes ou, comme on le lui demandait alors, de les « retirer ». Il a écrit :

  • Il y a « une difference dans le conception du monde. La conception communiste du monde est le matérialisme dialectique et le matérialisme historique, alors que … la conception historique (du Kuomintang) ... est dans son essence dualiste ou idéaliste ; les deux conceptions sont opposées l'une à l'autre. … C'est assurément une grave erreur de négliger ces différences, de ne voir que l'unité et non les contradictions. Quand on aura compris cela, on saura pourquoi les irréductibles de la bourgeoisie demandent de 'remiser' le communisme. Ne pas voir que c'est pur assurer le pouvoir absolu à la bourgeoisie serait manquer totalement de bon sens. »13

Cinquièmement, le fait que le peuple palestinien s'arroge également le droit de lutter par les armes contre l'occupation, le cas échéant, est même couvert par le droit international bourgeois. Mais même sans cela, l'expérience historique nous apprend que les puissances impérialistes ne sont jamais prêtes à céder leur pouvoir de leur plein gré.

Même s'il y a eu des attaques contre des cibles militaires le 7 octobre, y compris des combats avec des « civils » armés, et que des civils ont été brutalement assassinés en masse lors de la reprise par l'armée israélienne, on ne peut nier qu'il y a eu des massacres fascistes dans l'attaque du 7 octobre. Si ceux-ci sont aujourd'hui niés et quand on affirme qu'ils ont été orchestrés par Israël, cela n'est ni prouvé ni plausible. Comment concilier le fait qu'Israël ait été totalement surpris et humilié par l'attaque, mais qu'il ait perpétré des massacres en déguisement en très peu de temps ? Comment cela s'accorde-t-il avec le fait que le Hamas ou le Jihad eux-mêmes aient fièrement mis en ligne des enregistrements de ces événements ? Comment s'accorde-t-il avec le fait que le porte-parole du Hamas souligne que, « en fait », on n'avait prévu que de cibles militaires et se distancie ainsi indirectement des massacres de la population civile ? Comment donner une image convaincante d'une Palestine démocratique, voire socialiste, en utilisant de telles méthodes, notamment d'un point de vue stratégique ? Sans équivoque, Mao Zedong soutenait qu'il ne pouvait y avoir d'approbation des massacres, ni de collaboration avec des anticommunistes ultra-réactionnaires. Il a écrit au sujet de ceux dans le Kuomintang :
« les scélérat qui ont eu l'audace de (...) perpétrer les massacres (...), de saper la Région frontalière, d'attaquer les troupes progressistes, les organisations et les éléments progressistes. Nous leur rendons coup pour coup, il n'est pas question de leur faire la moindre concession. ». 14

Sixièmement, il devait être clair pour toute la direction de l'attaque qu'aucune victoire durable ou position durable contre l'entité sioniste d'Israël ne serait atteinte dans cette situation. Alors que toutes les luttes de libération populaire et de guérilla réussies en Chine, au Vietnam ou même à Cuba visaient à protéger le peuple et à éviter les défaites et les victimes, la charte du Hamas glorifie explicitement les attaques et la mort dans la lutte contre le sionisme : « En vérité, je souhaite combattre pour Dieu et être tué, et attaquer à nouveau et être tué, et attaquer à nouveau et être tué. »15 Tout comme l'attentat à l'arrêt de bus de Jérusalem le 30 novembre 2023, revendiqué par le Hamas, il s'agit là d'une stratégie et d'une tactique fascistes qui frappent les masses et sacrifient certainement de jeunes combattants courageux et désintéressés pour rien. Dans une conception laïque du monde, les attaques sans évaluation sereine du succès durable et sans considération pour les victimes sont anarchiques et aventureuses.

Septièmement, les pires brutalités commises par Israël sioniste ne justifient pas de répondre soi-même par des attaques contre la population civile, en prenant par exemple des civils en otage, y compris des enfants en bas âge et des personnes âgées. On ne peut pas déclarer que tous les habitants d'Israël sont des sionistes et qu'ils doivent être combattus de la même manière, voire tués si possible. Au contraire, la classe ouvrière et les larges masses en Israël doivent s'unir à la lutte de libération palestinienne et être convaincues que, comme le disait Lénine en citant Karl Marx, « un peuple qui en opprime d'autres ne saurait être libre »16.

Là encore, Mao Zedong a été clair lorsqu'on a reproché à l'Armée populaire de libération de traiter avec « douceur » les prisonniers de guerre japonais. Il a répondu :

  • « Par exemple, l'armée japonaise a déjà fait savoir ouvertement qu'elle emploierait les gaz contre la VIIIe Armée de Route ; eh bien, même dans ce cas, nous n'abandonnerons pas notre politique de clémence à l'égard des prisonniers japonais. Nous continuerons à traiter avec générosité les prisonniers japonais … nous leur épargnerons les affronts et les injures, nous leur expliquerons la communauté d'intérêts de nos deux peuples et nous les renverrons chez eux. Ceux qui ne voudront pas rentrer auront la possibilité de servir dans la VIIIe Armée de Route. ».17

Huitièmement, l'internationalisme prolétarien exige que la classe ouvrière du monde entier, et en particulier la classe ouvrière palestinienne et arabe, s'unisse à la classe ouvrière en Israël. Certains affirment qu'il n'y a pas de classe ouvrière en Israël, qu'il existe un consensus colonial avec les colons prolétariens18 et qu'il ne s'agit là que d’« une économie artificielle, inventée de toutes pièces ». 19 Cela contredit la réalité. Selon l'OCDE, sur environ 3,5 millions de salariés en Israël, plus de 500 000 travaillent dans l'industrie, 2,9 millions dans les services et seulement 20 000 dans l'agriculture20. Mais une grande partie du « secteur des services » fait également partie de la classe ouvrière, puisque celle-ci comprend par exemple le secteur des transports, le ramassage des ordures et les services publics, la restauration, les hôtels et les employés de maison. La classe ouvrière comprend des Israéliens juifs, laïcs et arabo-musulmans, ainsi que des Palestiniens. Sur cette question de la nécessaire unité ouvrière transnationale et internationale des nations opprimées et des nations opprimantes, Lénine soulignait :
« Les socialistes des nations opprimées doivent s'attacher à promouvoir et à réaliser l'unité complète et absolue, y compris sur le plan de l'organisation, des ouvriers de la nation opprimée avec ceux de la nation oppressive. Sans cela, il est impossible de sauvegarder une politique indépendante du prolétariat et sa solidarité de classe avec le prolétariat des autres pays, devant les manœuvres de toutes sortes, les trahisons et les tripotages de la bourgeoisie. »
21

Chers amis et camarades !

Ce qui est nécessaire aujourd'hui, c'est une nouvelle intifada révolutionnaire, un soulèvement populaire qui s'appuie sur les masses populaires sous la direction de la classe ouvrière, qui cherche avant tout l'union internationale de la classe ouvrière et de tous les opprimés, qui construit un parti révolutionnaire et qui trace une ligne de démarcation claire avec les forces fascistes. Pour citer encore une fois Mao Zedong :

  • « … de nos jours, l'aide internationale est nécessaire à tout pays, à toute nation qui mène une lutte révolutionnaire. ... Pendant un certain temps, les forces révolutionnaires chinoises furent coupées par Tchiang Kaï-chek des forces révolutionnaires dans le monde et, de ce point de vue, nous étions isolés. Maintenant, la situation a changé ... Nous ne serons plus isolés. C'est là une condition nécessaire à la victoire … de la Chine »22

Si j'ai maintenant discuté de manière assez détaillée, selon des critères marxistes-léninistes, de la stratégie et de la tactique de la lutte de libération palestinienne face aux reproches qui nous sont adressés, cette discussion critique n'est nullement opposée à une solidarité pratique de tous les instants avec la lutte de libération palestinienne. Au contraire, cette discussion la sert. Rien que depuis le 7 octobre, nous avons initié, inscrit et organisé, toujours avec des amies et amis palestiniens, 42 rassemblements ou manifestations en Allemagne en tant que MLPD, et nous avons participé à 28 grandes manifestations. Lors de certaines manifestations, des représentants du Hamas et du Jihad y ont défilé, dans ce cas nous n'y participons pas. À Essen, il y a même eu une manifestation de prétendue solidarité avec la Palestine et l'objectif stratégique d'un califat islamique. Les hommes marchaient devant, les femmes derrière, humblement. Nous avons condamné cette manifestation. Mais en lien avec ces manifestations, nous sommes bien sûr aussi actifs dans la rue et nous nous adressons largement à la masse de la population et en particulier aux travailleurs dans les entreprises.

Lors des manifestations, une déclaration du Comité central du MLPD a été saisie à plusieurs reprises avec l'accusation d'incitation à la haine en raison du slogan « Solidarité avec la lutte de libération palestinienne », des arrestations et des plaintes pénales ont été déposées contre nos camarades, des rassemblements et des manifestations ont été interdits, que nous avons néanmoins réalisés. En Allemagne, nous avons joué un rôle décisif en proposant et en faisant avancer la collecte de fonds « Gaza doit vivre », qui a déjà permis de récolter et de remettre plus de 20 000 € pour des hôpitaux, des ambulances et le soutien d'un service de presse démocratique. Dans l'une des déclarations du Comité central du MLPD que nous venons de citer et qui a fait l'objet des attaques les plus violentes, on peut lire ceci :

  • « La perspective du peuple palestinien, mais aussi des travailleurs et de la classe ouvrière d'Israël, réside dans le véritable socialisme. Dans le véritable socialisme, basé sur le mode de pensée prolétarien, les réserves et les différences nationales seront également surmontées, l'esprit d'amitié entre les peuples et de solidarité internationale aura raison des influences nationalistes. Une Palestine socialiste, dans laquelle Israéliens et Palestiniens vivent ensemble sur un pied d'égalité, est l'objectif stratégique de la lutte de libération là-bas. Une solution démocratique à deux États sur la base du plan de partage de l'ONU de 1947, avec l'évacuation des territoires occupés par Israël et le départ des colons-occupants, peut constituer une étape intermédiaire si elle est obtenue de haute lutte dans une perspective socialiste. Forger l'unité ouvrière entre les travailleurs israéliens et palestiniens joue un rôle clé à cet égard. Cette lutte doit faire partie intégrante de la préparation de la révolution socialiste internationale contre l'impérialisme. »23

1 MLPD – Lignes de base de la position sur la lutte de libération palestinienne à l’ICOR, journal en ligne de l‘ICOR, mars 2023

2 https://www.mlpd.de/theoretisches-organ-revolutionaerer-weg/briefwechsel-und-dokumente/die-sackgasse-des-kleinbuergerlichen-nationalismus

3 Voir aussi la lettre du PPDS du 15/10/23

4 Lénine, « Le IIe congrès de l’Internationale communiste », Œuvres, tome 31, wikirouge.net

5 Lénine, « Première ébauche des thèses sur les questions nationale et coloniale », Œuvres, tome 31, wikirouge.net

6 Au départ il s’agissait d’une branche palestinienne de l’organisation ultra-réactionnaire des Frères musulmans, qui ont également tué de nombreux progressistes et révolutionnaires en Égypte et en Tunisie, et qui a été financée au début par Israël et les États-Unis en tant que contrepoids réactionnaire à l’OLP.

7 L’indépendance et l’autonomie au sein du front uni (5 novembre 1938)

8 Mao Zedong, Œuvres Choisies, tome II, Éditions en langues étrangères, Pékin 1967, p. 232

9 Ibid., p. 479

10 Mao Zedong, Œuvres Choisies, tome I, Éditions en langues étrangères, Pékin 1976, p. 184

11 Le texte de la charta du Hamas – traduit en allemand dans : Kritiknetz, www.kritiknetz.de

12 2 mai 2017, www.middleeasteye.net/news/hamas-2017-document-ful cité selon : Aufsätze zur Diskussion, NS-Vorgeschichte Israel und Zionismus, p. 40-56

13 Mao Zedong, Œuvres Choisies, tome II, op. cit., p. 388/389

14 Mao Zedong, Œuvres Choisies, tome II, op. cit., p. 418

15 Charte du Hamas, op. cit.

16 Lénine, « La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes », Œuvres complètes, tome 22, www.marxists.org

17 Mao Zedong, Œuvres Choisies, tome II, op. cit., p. 49

18 Résumé des positions de l‘Unité communiste sur la résistance palestinienne, 12/11/2023

19 Lettre du PPDS, 15/10/23

20 OECD Labour Force Statistics 2022

21 Lénine, « La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes », op. cit.

22 « La tactique de la lutte contre l’impérialisme japonais », Mao Zedong, Œuvres Choisies, tome I, op. cit.

23 Déclaration actualisée du CC du MLPD du 5/11/2023