Kamerun : une élection sous verrouillage, une transition politique comme seule issue
1. Un contexte électoral piégé et verrouillé
Le Kamerun s’avance vers une élection présidentielle à douze candidats, dont le président sortant un homme de 92 ans au pouvoir depuis quarante-trois ans.
Quarante-trois ans de gestion calamiteuse, de promesses trahies, de corruption institutionnalisée, de chômage massif et d’effondrement du service public.
Quarante-trois ans d’un système où l’État a été confisqué par un clan qui confond le bien public avec ses intérêts privés. Et pourtant, quarante-trois ans d’un pouvoir ininterrompu preuve du verrouillage total de la vie politique nationale.
Le principal leader de l’opposition Maurice KAMTO, bien qu’idéologiquement néolibéral et peu enclin à une transformation structurelle du pays, représentait malgré tout une alternative électorale. Il a été méthodiquement éliminé par le régime à coups de manœuvres judiciaires, d’intimidations et de disqualifications administratives.
Et cela s’est fait dans un silence complice d’une grande partie de la classe politique : certains y ont vu l’opportunité d’éliminer un concurrent gênant, d’autres ont calculé cyniquement qu’ils pourraient récupérer les voix orphelines de ses militants pour se hisser artificiellement au rang de “leader de l’opposition”.
Mais au-delà de ces jeux d’appareils, c’est le peuple qui a perdu trahi par des ambitions personnelles et des égos hypertrophiés.
Pendant que les uns et les autres manœuvraient pour des alliances de façade, aucun effort sérieux n’a été consenti pour bâtir une coalition patriotique capable d’affronter le RDPC(parti au pouvoir), qui contrôle tous les leviers du pouvoir : administration, armée, justice, médias publics, commission électorale et réseaux de communication.
Nous irons donc voter ce 12 octobre 2025 dans un contexte où le Kamerun s’engage, une fois encore, dans une séquence électorale jouée d’avance :
un système verrouillé, contrôlé par l’exécutif, où les règles du jeu sont faussées.
Commission électorale dépendante : ELECAM est intégralement nommé par le président de la République, garantissant sa loyauté au régime.
Conseil constitutionnel inféodé : instance suprême de validation des candidatures et des résultats, il agit comme simple chambre d’enregistrement.
Accès inégal aux médias publics : les forces alternatives sont marginalisées, tandis que le parti au pouvoir monopolise la télévision et la radio nationales.
Répression systématique : manifestations interdites, meetings dispersés, arrestations arbitraires. Liberté totale pour les partisans du régime, musèlement pour l’opposition.
Parler ici de compétition électorale, c’est nier l’évidence : il s’agit d’un rituel de légitimation du pouvoir, financé par les deniers du peuple.
2. Les violations des droits et libertés
La réalité quotidienne confirme cette dérive autoritaire :
Liberté d’expression bâillonnée : médias critiques fermés, journalistes harcelés.
Liberté de réunion piétinée : chaque réunion publique soumise à l’autorisation d’un sous-préfet aux ordres du régime.
Ia justice instrumentalisée : opposants emprisonnés pour “trouble à l’ordre public”, pendant que les détournements des dignitaires du régime restent impunis.
Ainsi, au Kamerun, le droit de vote est vidé de son sens : le citoyen n’est plus acteur, mais figurant d’un scénario écrit d’avance.
3. L’ostracisation des forces de gauche
Les forces de gauche subissent une double peine : réprimées comme les autres formations alternatives, mais aussi ostracisées et caricaturées comme “anachroniques” ou “utopiques”.
Leur discours — souveraineté populaire, justice sociale, indépendance nationale — est délibérément marginalisé, alors même qu’il constitue la seule voie crédible de sortie de crise.
L’UPC-MANIDEM, fidèle à l’héritage de l’UPC historique, porte ce flambeau à travers son engagement constant dans Stand Up For Cameroon.
Chaque vendredi, les manifestations silencieuses en noir rappellent que la démocratie ne peut exister sans pluralisme réel.
Ce symbole dérange, précisément parce qu’il prouve que la contestation ne peut être totalement étouffée.
4. Les défaillances structurelles du système
Le verrouillage politique est le reflet d’un effondrement général :
Économie en panne, dépendante des exportations brutes et des importations de survie ;
Santé en ruine, hôpitaux sans moyens, médicaments inaccessibles ;
Éducation fragilisée, enseignants précarisés, infrastructures délabrées ;
Infrastructures dégradées, routes meurtrières, électricité erratique, eau absente ;
Corruption endémique, enrichissant une minorité au détriment de la majorité.
Cette faillite est le fruit de plus de soixante ans de domination du tandem UNC/RDPC, sans vision ni légitimité, mais obsédé par la conservation du pouvoir.
Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir qui gagnera l’élection, mais quelle direction prendra le pays après ce simulacre.
Car même un scrutin volé peut devenir le déclencheur d’une recomposition politique, si les forces populaires s’organisent et transforment la colère en conscience.
5. La transition politique : seule issue crédible
La transition politique que nous portons depuis des années n’est plus un slogan : elle est devenue une nécessité historique.
Certains leaders s’en réclament aujourd’hui, mais en trahissent le fond : la transition ne saurait se réduire à un partage de postes ou à un arrangement de coulisses.
Elle suppose une refondation nationale, une rupture avec la logique du parti-État et la restauration du pouvoir au peuple.
Notre conception est claire :
Rebâtir les règles du jeu : nouvelle Constitution, institutions indépendantes, libertés garanties.
Refonder l’État : restaurer l’autorité publique au service du peuple.
Rompre avec la dépendance néocoloniale : placer l’intérêt national au-dessus des injonctions extérieures.
Restaurer la souveraineté populaire : redonner au citoyen le sens et la valeur de son vote.
Sans transition, toute élection reste une mascarade et tout “changement” une illusion.
6. La responsabilité des forces populaires et de la gauche
Face à la confiscation du pouvoir, à la neutralisation des opposants et à la misère grandissante, la responsabilité des forces populaires et de la gauche est historique.
Si le système perdure, c’est autant par la répression que par la désorganisation de ceux qui prétendent le combattre.
La gauche doit sortir du symbolisme et redevenir une force d’action : organiser la conscience populaire, politiser la colère, transformer la résignation en action collective.
Le régime l’a compris depuis longtemps : d’où la diabolisation et la division systématique des forces progressistes.
Il faut le dire clairement : la gauche a trop longtemps laissé le terrain à la bourgeoisie libérale et à ses illusions électoralistes.
La gauche ne doit plus être une posture morale, mais une force structurée et stratégique, capable d’unir travailleurs, paysans, jeunes, femmes et précaires.
Pour cela, elle doit :
Clarifier sa ligne politique, sans ambiguïté vis-à-vis du pouvoir et des forces impérialistes ;
Bâtir des alliances populaires de terrain, et non des coalitions opportunistes de leaders médiatiques ;
Faire de la transition politique un projet de société, et non un slogan tactique ;
Former politiquement les masses, car un peuple conscient ne se manipule pas ;
Préparer la relève militante, en intégrant la jeunesse frustrée mais avide de justice et de sens.
L’UPC-MANIDEM s’assume pleinement dans ce rôle : arracher le Kamerun à la fatalité et rouvrir l’horizon d’une véritable émancipation nationale.
7. Perspectives après l’élection de 2025 : transformer l’échéance verrouillée en levier pour la transition
a) Lire le moment politique avec lucidité
L’élection de 2025 sera un simulacre, mais elle marque la fin d’un cycle.
Le peuple ne croit plus au régime, la peur recule, la colère s’organise.
Même dans les cercles du pouvoir, les certitudes vacillent.
C’est dans ces fissures que doit s’inscrire le projet de transition.
b) Construire la transition par le bas La transition ne se décrète pas dans les salons : elle se bâtit sur le terrain, dans les syndicats, les marchés, les universités et les quartiers.
L’UPC-MANIDEM propose une transition fondée sur :
une Assemblée constituante souveraine,
la reconstruction d’un État démocratique et panafricain,
la réorientation productive de l’économie nationale,
et la justice sociale comme boussole.
c) Faire des élections locales un champ de reconquête
Si la présidentielle est confisquée, les élections municipales et législatives doivent devenir le terrain de reconquête populaire.
L’objectif :
Rebâtir des bastions progressistes,
Installer des élus proches du peuple,
Former une nouvelle génération militante,
Tisser des alliances locales durables avec syndicats, associations et collectifs citoyens.
La libération du Kamerun se fera commune par commune, village par village, par la base.
d) De la résignation à la reconquête
Le peuple a compris que le régime Biya n’a plus rien à offrir — ni eau, ni santé, ni emploi, ni avenir.
Mais la colère sans organisation est vaine.
Notre mission : transformer la frustration en force politique, la peur en détermination collective.
Dire non à la résignation.
Non à la confiscation du pouvoir.
Oui à la souveraineté populaire.
Oui à la transition démocratique et sociale.
8. Conclusion : un nouveau cycle historique
Après 2025, quel que soit le scénario, le cycle Biya s’achèvera.
Mais la chute d’un homme ne suffira pas : il faudra démanteler tout un système de prédation et d’asservissement.
La véritable question est : le peuple sera-t-il prêt ?
Cette préparation commence dès maintenant — par l’organisation, l’unité et la conquête des esprits.
L’UPC-MANIDEM, fidèle à son engagement panafricain et révolutionnaire, appelle à la constitution d’un Front populaire pour la Transition, un front du travail, de la dignité et de la justice.
“L’histoire ne pardonne pas aux générations qui trahissent leur mission.”
Patrice Lumumba
Notre mission est claire :
Faire du Kamerun un pays libre, socialement juste et politiquement souverain.
Et cette mission, nous l’assumerons.